Richard MEYER
Ecole Européenne de Psychothérapie Socio- et Somato- Analytique
(EEPSSA)
42 rue général de Gaulle

67640 LIPSHEIM



L'intégration des psychothérapies : Lesquelles, jusqu'où, comment ?


La pleine intégration méthodique, paradigmatique, personnelle


Richard MEYER
Médecin psychiatre - Docteur en sciences humaines
Membre de l'Académie de Médecine de Pologne
Directeur de l'Ecole Européenne de Psychothérapie
Socio- et Somato- Analytique (Eepssa)
42, rue général de Gaulle 67640 LIPSHEIM<br>
Tél : 03 88 68 56 54
Email: dr.meyer@eepssa.org



Introduction

La loi française reconnaît enfin le "psychothérapeute " dans le but, louable, de garantir un minimum de rigueur et d'éthique à ce professionnel qui a une tâche à la fois médicale et humaniste. Mais c'est la profession elle-même qui doit assurer la véritable qualité de ses membres par des méthodes validées, des concepts éprouvés et des formations sérieuses, sans pour autant empêcher la recherche et l'innovation. Car la psychothérapie est intimement liée à l'état des mœurs, aux changements de société et à ces conceptions de vie qui évoluent si vite de nos jours. Elle doit donc accepter aussi son renouvellement. S'il fallait résumer l'essentiel du bouleversement politique, ce serait par le concept de "mondialisation" (ou altermondialisation), l'essentiel du changement social, ce serait par " globalisation ", l'entente des religions, par "œcuménisme", l'essence du nouvel être, par " complétude ". La psychothérapie accompagne - et préfigure - ce mouvement avec son courant le plus novateur, le courant " intégratif ". La Psychothérapie Plénière est l'un des exemples de cette recherche d'intégration, englobant (presque) toutes les méthodes, investissant (presque) tous les cadres de vie et entrant dans (presque) toutes les attitudes thérapeutiques. Ce défi a été relevé en une trentaine d'années de pratique, de recherche et de formation avec, en particulier, une ouverture totale sur ce qui devait se révéler de neuf au niveau des théorisations et de l'être thérapeute.

Le présent texte présente les points essentiels de cette intégration qui ne pouvait s'appeler que " plénière ". C'est comme lors d'une assemblée dite plénière : tout le monde n'est pas présent à cet événement ; mais ceux qui sont concernés sont tous là en un même lieu. La Psychothérapie Plénière dispose de (presque) tout, mais, dans une situation donnée, il suffit que seulement ce qui est nécessaire soit pleinement là. Et c'est le cas.

Nous commencerons par une observation des lieux : des douzaines, des centaines de méthodes psychothérapeutiques, sociothérapeutiques et somatothérapeutiques qui se distinguent par les outils de communication, les cadres organisationnels, les théories, point d'impact et surtout la durée de la cure. Et comment intégrer toutes ces différences et jusqu'où, alors qu'il y a des éléments inconciliables : travail individuel ou groupal, verbal ou corporel, directif ou analytique.

Nous continuerons avec une seconde observation qui tient compte de cette réalité étonnante de trois séquences de durée bien différenciée et qui débouche sur une "Cure Séquentielle" :

  • Thérapie courte, symptomatique, de 3 à 6 mois,
  • Thérapie de durée moyenne, focale, de 6 à 18 mois,
  • Thérapie longue, analytique, de plusieurs années.

La cure séquentielle postule une progression séquentielle, courte et/ou moyenne et/ou analytique, en investissant toutes les caractéristiques propres à chaque durée tout en pouvant passer de l'une à l'autre si nécessaire. On n'oppose plus une thérapie cognitivo-comportementale courte et une analyse longue ; on les fait se succéder si nécessaire.

Pour cela, il faut des outils multiples, ceux-là même que les centaines de méthodes ont approfondis chacune en particulier. Mais il ne s'agit pas d'être simplement "éclectique", à savoir d'additionner ce qui plaît, à quel titre d'ailleurs ? Il faut, au contraire, accéder aux paramètres fondamentaux de toute méthode thérapeutique - ils sont en nombre limité - et proposer au moins une méthode par paramètre. On débouche ainsi sur une pratique "plurielle" selon un choix raisonné en vue de répondre à tous les critères ; il s'agit donc d'une pratique "pluri-globale". Ces deux premiers acquis - cure séquentielle et pratique pluri-globale - n'ont pu advenir qu'à partir d'une expérience personnelle et d'une pratique clinique et formatrice de trente années. Quasi toutes les méthodes et théorisations y ont passé. La présentation de ce véritable laboratoire expérientiel se fera donc par la suite. Nous y verrons d'abord l'historique des développements psychothérapiques à la fois classiques et nouveaux avec ses étapes qui balayent tout le champ des thérapies. Puis nous développerons les deux méthodes centrales les plus intégratives, la socio-somatanalyse et la psycho-somatanalyse, puisqu'elles intègrent la psychanalyse et le corps, en individuel et en groupe.
Encore faut-il déboucher quelque part sur un processus fondamental qui fait l'unité des trois séquences temporelles et de la pluralité des pratiques. Eh bien, c'est le "processus plénier" qui est au cœur de tous les processus thérapeutiques/analytiques.

Nous continuerons par la présentation de l'authentique dimension analytique avec l'accès aux "purs processus inconscients" qui se fait autant dans les psychanalyses de Freud, Jung et Ferenczi que dans les deux somatanalyses. Il en va de même des méthodes somato-psychothérapiques qui modifient l'état de conscience, telle la pneum-analyse (ailleurs connue comme rebirth et respiration holotropique) et qui intègrent les inconscients personnels et collectifs.

Cette approche pluriglobale, plénière et processuelle, débouche aussi sur une théorie unifiante que nous verrons sous trois de ses aspects : le modèle ontologique, le principe complexification/plénarité, la psychopathologie des caractéroses. Nous recourrons à la thé;orie des catastrophes de René Thom pour modéliser le processus plénier déjà annoncé.

Enfin nous verrons que c'est le thérapeute lui-même qui réalise véritablement cette intégration des méthodes et des théories par une attitude de "pleine présence" et "d'accordage" au patient. Il lui faut néanmoins, au préalable, l'apprentissage de pratiques plurielles et le recoupement des théories jusqu'à en extraire les fondements unificateurs, dans une pensée plénière, elle aussi.

Mais, du côté du professionnel qui s'y lance, demandons-nous quand même pourquoi ce besoin d'intégration. On peut évoquer plusieurs motifs :

  • d'abord, évidemment, le service du patient qui mérite ce qui lui convient le mieux ;
  • ensuite, le service du thérapeute qui choisira dans cette pluralité de pratiques celles qui lui conviennent le mieux à lui ;
  • il n'est de compréhension véritable de la psychothérapie comme telle que par la familiarisation avec le plus grand nombre d'entre elles, et l'approfondissement d'une en particulier;
  • et puis, la psychothérapie mérite qu'on l'approche de façon méthodique et scientifique, de façon comparative notamment, sans perdre pour autant l'expérience approfondie de chaque méthode ;
  • enfin, il est à espérer que l'entêtement à intégrer débouchera peu à peu sur un changement de la pratique psychothérapique elle-même, sur un enrichissement, sur une excellence de plus en plus répandue parmi ces psychothérapeutes nouvellement reconnus ;
  • last but not least, ce mouvement fédérateur d'une profession de plus en plus experte pour notre société postmoderne sera aussi un exemple de cette (alter-) mondialisation indispensable pour... assurer la survie de l'humanité.

Mais peut-on seulement concilier ces courants aussi divers, sans les expérimenter en profondeur ? Et peut-on arriver assez profond en essayant une pluralité de méthodes ? Et s'il y avait une étonnante unité au-delà, méta-, de cette diversité ? Les propositions faites ici sont à la fois expérimentées - personnellement, par des dizaines de formateurs et des centaines de praticiens - et pensées sur plus de trente années.
Et pourquoi encore ce mouvement d'intégration, du côté de la psychothérapie elle-même, et de son évolution depuis cent ans en occident ? En réalité, c'est cette évolution même qui appelle la démarche intégrative. La multiplication des outils techniques, la spécialisation des procédés pour telle ou telle pathologie et l'explosion de la demande de thérapie, demande sociale et privée, ne peuvent que nourrir l'exigence d'unification.
Voyons les causes de la prolifération des méthodes et du besoin d'intégration.

  • L'évolution de la société depuis cent ans et la libéralisation des moeurs autorisent les thérapeutes à investir de nouvelles dimensions de l'homme : le corporel notamment avec des fonctions de plus en plus nombreuses comme le toucher, le sexuel, l'émotionel, les états de conscience, le spirituel, l'énergétique, etc. D'où d'innombrables techniques et méthodes structurées par l'une de ces fonctions ; ceci concerne surtout les somatothérapies.
  • Le développement des recherches en psychiatrie découvre des processus pathologiques de plus en pluis précis et suscite des procédés de traitement tout aussi distincts, là où il n'y avait auparavant que l'inspiration du thérapeute ; cela concerne surtout les procédés cognitivo-comportementaux et systémiques.
  • Techniques et procédés donnent de nouveaux aperçus sur l'être humain et ses pathologies et apportent du matériel pour de nouvelles théories. Ces dernières sont souvent des rationalisations de ce qui marche : puisque parler, ça guérit en psychanalyse, c'est donc la verbalisation qui est indispensable ; puisque crier, ça rend authentique chez Janov, c'est donc le cri primal qui fonde l'être... C.Q.F.D

Si on en restait là, on pourrait se contenter d'une accumulation éclectique (de techniques) et multiréférentielle (de théories). Mais l'histoire de l'Occident ne s'arrête pas là. Elle suscite :

  • une évolution de la psychopathologie : alors que l'hystérie et les névroses régnaient en maître(sses) à Vienne du temps de Freud, les états-limite et autres caractéroses prennent le dessus dans notre époque hypermoderne ;
  • une prise en charge psychothérapique de plus en plus large et même obligée, jusqu'à la prévention, du stress post-traumatique par exemple grâce au debriefing;
  • le refus de plus en plus frileux de toute souffrance, anxiété, frustration ;
  • jusqu'à la thérapie de confort pour ne pas évoquer le développement personnel et les communautés intégristes qui utilisent certains de nos procédés.

Tout le monde en veut et il y en a pour tout le monde. Y a pas tout, mais y a plein.
Ici, par contre, la simple addition de méthodes et de théories, ni même leur recombinaisons ne suffisent plus. Il faut une nouvelle étape intégrative. Mais insistons encore sur cet état des lieux tel que j'ai pu le rédiger dans une systématisation qui veut confronter.


Psychothérapie : l'état des lieux

Trente cinq années à apprendre, pratiquer, étudier et enseigner les principales méthodes psychothérapeutiques, sociothérapiques et somatothérapiques m'ont permis d'établir un état des lieux exhaustif, en cinq points, et de ressentir les enseignements et les dangers correspondants à chaque point.


1) Un foisonnement de pratiques

Il existe au moins une douzaine d'écoles psychanalytiques, une centaine de techniques cognitivo- comportementales, des centaines de méthodes psycho-corporelles, d'innombrables approches conjugales, familiales et groupales, sans oublier les médiations par la musique, les arts... l'animal.

Enseignement : chaque méthode met en jeu l'un ou l'autre aspect du fonctionnement humain, de façon complémentaire aux autres.
Danger : promouvoir une méthode partielle en " bonne à tout faire " pour tous les patients.


2) L'étonnante différenciation des cures en trois durées bien repérables

  • Les cognitivo-comportementalistes, les systémiciens et la plupart des somatothérapeutes font des thérapies "courtes", avec 8 à 15 séances sur 3 à 6 mois;
  • les psychanalystes (freudiens, jungiens, lacaniens, somatanalystes...) partent sur des cures longues de plusieurs années sans fixer préalablement de terme ;
  • de plus en plus de professionnels proposent un protocole bien structuré sur 10 à 18 mois avec un terme fixé d'avance et un objectif clairement focalisé.

Enseignement : ce séquençage, bien réel pour qui regarde de près, désigne deux principes fondamentaux qui font séparation entre les trois durées : le transfert entre thérapies courte et moyenne, le risque de déstructuration évité par la thérapie de durée moyenne grâce à la focalisation.
Danger : si le thérapeute ou analyste arrive à bien caser sa propre méthode dans un seul de ces laps de temps, le patient n'est pas nécessairement à l'aise sur ce lit de Procuste.


3) Des "processus thérapeutiques" étonnamment diversifiés jusqu'à être opposés

Catharsis, insight, néocatharsis, individuation, réflexe orgastique, cri primal, verbalisation, régression, anticipation, lâcher-prise, immersion in vivo, désensibilisation progressive, non-directivité, injonction paradoxale, dynamique de groupe, ancrage, balayage oculaire, provocation d'anxiété, ouverture de chakra et autre circulation énergétique...
Enseignement : la conception de l'effet thérapeutique reste étroitement liée à la technique utilisée montrant par là que l'une et l'autre sont partielles.
Danger : faire du "moyen" un "but" en soi.


4) De nombreuses théorisations issues des différentes écoles et souvent... contradictoires

Chaque méthode se précise par :

  • un cadre de vie différencié : individuel, conjugal, groupal etc...
  • un mode de communication précis : verbal, corporel, médiatisé (par l'art) etc...
  • une relation particulière : directive, analytique, interactionnelle etc...

Ainsi elle donne à observer un aspect particulier du fonctionnement humain, d'où.... une théorisation propre : métapsychologie versus psychologie analytique, psychologie psychodynamique, cognitivisme, comportementalisme, systémisme, inconscient personnel vs inconscient collectif, inconscient vs transpersonnel, haptonomie vs somatologie, Moi vs Soi, cercle de la Gestalt, transgénérationnel vs anticipation, historicisme vs hic et nunc, sans oublier les personnalisations : lacanisme, freudisme, kleinism?e, reichienisme etc...

Enseignement : la conscience est bien limitée et la raison aussi, ne permettant de "penser" qu'un pan de la réalité à la fois ; mais, mises ensemble, ces théorisations font le tour du tout.
Danger : la "rationalisation" de la pratique" : "puisque ça marche, c'est là qu'il y a la cause de la maladie et la clé du bonheur " !

l'impérialisme des écoles : toute théorie ayant vocation d'universalité, il faut pousser le particulier jusqu'au total, par tous moyens...


5) Les rôles thérapeutiques

De la neutralité psychanalytique à l'amour inconditionnel et à l'amaé, de l'écoute flottante à la provocation d'anxiété, de l'abstinence à l'enveloppement affectif, de la directivité à la non-directivité mâtinée d'empathie, sans oublier les rôles qui se prennent derrière la glace sans tain ou l'ordinateur... les attitudes thérapeutiques sont également diversifiées.

Enseignement : les attitudes personnelles seraient donc elles aussi restreintes aux particularités de leur créateur et ce serait leur réunion qui dirait une position globale.
Danger : le thérapeute se limite peu à peu à jouer le seul rôle que lui dicte sa formation puis sa propre personnalité... ou se calque sur l'attitude maison, telle qu'enseignée.


Questions

Pourquoi des personnes aussi bien thérapisées, analysées, développées, qui deviennent les nouveaux experts de nos sociétés modernes, sont-elles incapables d'aller au delà :

  • d'un tout petit nombre de pratiques alors que le fonctionnement humain est pluriel,
  • d'une seule théorie alors que l'humain est complexe,
  • d'un seul type de durée même, alors que les besoins du patient sont progressifs

S'agirait-il d'un carcan social et culturel, ou même d'une contrainte, d'une mimésis chauvines et impérialistes ?

Ou alors est-ce le propre même de l'être humain que de ne pas pouvoir s'élargir au pluriel et au complexe, de ne pas exister jusqu'au singulier et à l'entier?

Le récent courant psychothérapique dit "éclectique, intégratif et pluriréférentiel" (dans lequel j'ai oeuvré) nous amènerait à reconnaître ces limites en soi. En effet, il s'essaye aux additions et combinaisons de tous ordres mais n'arrive finalement qu'à des patchworks, certes intéressants, qui ne constituent finalement qu'autant de nouvelles méthodes qui brouillent encore plus les pistes. Son tort : c'est d'en rester au niveau des méthodes et des théories, les cumulant ou soustrayant, butant ainsi sur les limites quantitatives : on ne peut pas tout pratiquer, on ne peut pas tout apprendre, on ne peut pas jouer tous les rôles.

Y a pas tout, mais y a plein.
Il faut changer de niveau logique.
Il faut sortir de la classe des objets observés.
Il faut passer en deçà et au delà.
Il faut être et penser "méta".



La pleine intégration

pluri-globale, paradigmatique, personnelle

Trente cinq années à apprendre, pratiquer, étudier et enseigner la psychothérapie n'auront pas été de trop pour changer de niveau logique, pour m'extraire de la particularité de chaque méthode, (même de la somatanalyse, des somatothérapies et de la Présence Juste, mes propres créations), et pour reconnaître les fondements universels de la psychothérapie qui se déclinent, eux aussi, en cinq points, en une véritable métaméthode.


1) Une pratique plurielle

S'il existe des centaines de méthodes, c'est que l'être humain est pluriel, qu'il tombe malade et s'épanouit différemment selon :

  • les cadres de vie : écosystème, couple, société,
  • les modes de communication : verbal, corporel, médiatisé,
  • les fonctions : psychiques, corporelles, relationnelles,
  • les attitudes : volontaristes, interactives, réceptives.

Une seule méthode thérapeutique ne peut pas intégrer tous les aspects à la fois. Il faut donc un éventail de méthodes qui représentent les principaux aspects du fonctionnement humain : cadres de travail (individuel, conjugal, familial, groupal), pratiques (verbales, corporelles, artistiques) pour accéder &endash; méta &endash; à " la " méthode psychothérapeutique pertinente pour le patient particulier. Nous proposons, quant à nous, plus d'une douzaine de ces cadres et protocoles qui suffisent à occuper tout le champ du fonctionnement humain et des pratiques thérapeutiques/analytiques. Y a pas tout, mais c'est plein.
Avantage : aucun aspect de notre patient n'est négligé ni occulté.


2) La cure séquentielle évolutive

Les trois types de durée observés dans le champ des psychothérapies sont à la base même de la cure plénière. Chacun a des indications propres comme il est dit c?i-dessus mais chacun nécessite un protocole bien précis pour générer ses avantages propres :

  • thérapie courte, (8 à 15 séances) centrée sur le symptôme, utilisant des pratiques bien structurées et nécessitant une attitude directive du thérapeute pour éviter toute dépendance (transférentielle) ;
  • thérapie moyenne (8 à 20 mois) investissant un trait de caractère ou un foyer complexe, avec fixation du terme, travail du transfert mais évitement de tout risque de déstructuration grâce à une attitude semi-directive, semi-analytique ;
  • thérapie longue (plusieurs années), analytique, sans fixation de terme, avec risque de dépendance, régression, déstructuration comme passage éventuellement nécessaire, et éveil des purs processus inconscients puis constituants.

La pleine intégration postule ces trois durées dans toute leur rigueur, chaque séquence devant être conclusive a priori, tout en permettant le passage à la suivante en cas de besoin. C'est le choix de la durée qui est prioritaire après évaluation de la gravité de la souffrance rendant ensuite le choix de la méthode simple et logique.


3) Le processus thérapeutique commun : plénier. La base commune à tous les processus thérapeutiques évoqués ci-dessus est "l'expérience plénière " :

  • toutes les fonctions nécessaires au moment donné sont là, activées,
  • elles connectent en un "plein" passant de plénarité en plénitude
  • qui élimine les deux catégories fondamentales de la psychopathologie : le clivage et l'amalgame ; quand je suis pleinement là, toute fonction clivée se reconnecte et toute fonction (ou relation) amalgamée se sépare.

Je suis là, pleinement là, et seulement là. Et cela gué?;rit et indique le chemin du…. bonheur. Très souvent, ces expériences plénières doivent se répéter pour que s'installe la " pleine présence ".


4) Une approche de l'humain "méta" : le paradigme holanthropique

Je n'aurai pas l'outrecuidance de présenter notre approche " hol-anthropique" (holos = entier ; anthropos = l'être humain) en quelques lignes, encore qu'elle tienne en deux modèles bien schématisés :

  • le modèle ontologique avec ses cadres de vie (écosystème, couple, société), ses structures (socialité, conjugalité, personnalité) et ses purs processus inconscients (l'essence de l'énergie ou inconscient freudien, la nature de l'esprit, l'intime du lien ou inconscient jungien) ;
  • le modèle ontogénétique et ses six étapes (bulle primitive, matrice fusionnelle, dynamique de socialisation, dynamique de socialité, matrice affective, univers créatif), avec ses états de stabilité structurelle et ses? transitions "catastrophe".

Ces deux modèles suffisent à poser les bases de l'humain :

  • ses cadres de vie actuels, réels,
  • ses processus inconscients profonds,
  • leurs structurations en cognitions, comportements et scénarios relationnels,
  • les qualités de vie : le vrai, le bon, l'aimer.

5) Un être thérapeute : présent, positif, plénier

Si le processus thérapeutique tend à la présence pleine du patient, il va de soi que le thérapeute/analyste se doit d'être lui aussi, dès le départ :

  • dans la présence, totalement là et seulement là,
  • dans une position positive, voyant même dans la souffrance ce qui va permettre au patient de progresser, comme le veut la vie ? elle-même,
  • dans l'expérience plénière qui s'élargit peu à peu en une pleine présence : tout ce qui doit être là est là, sans clivage et sans amalgame.

Cette présence pleine et positive permet au thérapeute d'être dans l'accordage avec son patient. Avec ce mot à neuf lettres, s'énoncent les neuf attitudes successives (et simultanées) qui jalonnent la séance, chaque lettre initiant le mot correspondant.

Prendre A accueillir
contact C confirmer (le patient positivement)
Approfondir C contacter (avec yeux, mains,...)
le lien O ouïr, écouter
R respirer (de façon synchrone, entrer en synchronisation et empathie)
Agir D diriger (en thérapie courte)
thérapeutiquement A analyser (en thérapie longue)
Renforcer G gratifier, pour le travail accompli par le patient
l'effet obtenu E élargir, élever (le débat).
tableau 1 les étapes de l'accordage du thérapeute au patient

La Psychothérapie Plénière revendique à juste titre sa caractéristique de métaméthode qui se centre sur les fondements communs :

  • Le processus thérapeutique basal, "plénier ",
  • Un paradigme global, " holanthropique ",
  • L'attitude universelle du thérapeute, "en accordage",

tout en acceptant les contraintes de la réalité complexe :

  • La pratique, "plurielle",
  • La cure, "séquentielle".

Avec ces outils et cet état d'être, le psychothérapeute et psychanalyste intégratif aborde sereinement les sept paliers de toute thérapie, de l'accueil du nouveau patient jusqu'à sa guérison

a) établir un diagnostic
- de gravité : symptôme, caractérome ou syndrome
- de polarité : personnalité en stress ou en choc ;
b) proposer un projet thérapeutique :
- thérapie courte, symptomatique
- et/ou thérapie analytique moyenne, focale
- et/ou analyse longue ;
c) choisir les méthodes pertinentes ;
d) laisser advenir pleinement l'histoire et la particularité du sujet ;
e) éclairer cette subjectivité par une objectivité théorique ;
f) entrer en "accordage" avec le patient pour reconstituer les situations pathogènes
g) afin de créer les conditions mêmes de l'expérience plénière, thérapeutique et autopoïétique.

Tableau 2 les étapes de la psychothérapie

Une méthodologie pour l'intégration des psychothérapies

Nous venons de jeter un regard sur l'actualité de la psychothérapie, de la fixer dans sa synchronicité foisonnante et d'annoncer déjà notre propre apport : "la pleine intégration". Mais il y a aussi une histoire des méthodes et théories d'intégration. Des professionnels ont commencé à pallier au morcellement des pratiques. Regardons cet aspect diachronique pour en extraire la méthodologie à l'œuvre. Reconnaissons les leçons de l'histoire pour ne pas avoir à la répéter. Nous pouvons distinguer trois étapes à l'intention intégrative : l'addition, la fusion et l'intégration.

L'histoire du courant intégratif
L'addition de méthodes et de théories est ancienne. Il s'agit de juxtapositions de techniques manifestement complémentaires. Longtemps la quantité en a été limitée. C'est ainsi que la clinique psychiatrique du CHU de Strasbourg m'a enseigné la psychothérapie de soutien (Pr. Singer), la psychanalyse lacanienne (Pr. Israel), la relaxation de Schultz (Dr. Durand de Bousingen) et l'hypnose profonde (Pr. Patris). C'est déjà pas mal pour le psychiatre de base ! Avec la prolifération des techniques et la systématisation des procédés particuliers, l'addition devient salée ; les psychothérapeutes dits " humanistes " ont passé par moultes écoles, ont expérimenté plus encore de pratiques, et agrandissent leurs cartes de visite pour y faire figurer toute la liste ! Il arrive régulièrement de nouveaux best-sellers, comme le récent EMDR… qui n'est autre qu'un acting reichien vieux de cinquante ans. C'est devant cette inflation, risquant l'indigestion ou le morcellement, que deux étapes intégratives se sont développées, la fusion et l'éclectisme multirécurentiel.
La fusion de techniques et de concepts permet de réunir en une seule méthode - et théorie - des choses éparses. A tout seigneur, tout honneur : Sigmund Freud a fusionné la méthode cathartique de Breuer, l'hypnose de Bernheim, le " ramonage de cheminée " d'une de ses patientes, l'inconscient de Lipps, le ça de Groddeck, l'étiologie sexuelle de Charcot et Chrobak, entre autres, pour pétrir une merveilleuse psychanalyse. Moi-même j'y ai ajouté la dimension corporelle pour aboutir à la psycho-somatanalyse, puis la dimension groupale pour obtenir la socio- somatanalyse… Mais s'agit-il véritablement d'intégration. Au moment de la création, oui ; il y a quelque chose de plus complexe qui fait avancer la psychothérapie. Mais, dans la durée, il s'agit d'une nième méthode qui se referme sur elle-même, augmente le foisonnement et appelle… une troisième étape d'intégration.
C'est le courant "éclectique et multiréférentiel" qui s'esquisse depuis un quart de siècle et auquel j'ai adhéré dès son arrivée en France. Nous verrons deux exemples plus loin. Le choix des méthodes et des concepts répond ici à quelques critères généraux qui donnent une certaine cohérence à l'ensemble. Mais déjà s'entendent les dissonances à travers les terminologies proposées : "intégration ou complexité" (Pagès), "intégration personnalisée" (Delourme), "rapprochement différentiel" (Duruz), "psychothérapie intégrative et éclectique" (Chambon, Marie Cardine), "éclectisme méthodique" (Lazarus), "approche transthéorique" (Norcross) et les railleries : "purée de théories et salade de techniques" (London). Le risque, ici, c'est que ces intégrations à géométries variables ne deviennent elles aussi de nouvelles méthodes qui se referment sur elles-mêmes, se systématisent et demandent allégeance comme l'ont fait les fusions recombinantes précédentes.

Pour une méthodologie de l'intégration
Il faut donc se rendre à l'évidence que ces trois modes ne sont que des étapes intermédiaires qui recèlent trois lacunes, trois défauts, qui font que ces trois types d'intégration (juxtaposition, fusion, intégration éclecti?que et pluriréférentielle) ne restent que partiels :

  • la sélectivitte; des méthodes retenues ; en d'autres mots, le rejet de techniques et procédés jugés " non corrects " ou non connus ; mais jugés au nom de quel critère?
  • le non-respect de la règle logique qui veut qu'on ne peut travailler une catégorie d'objets (ici les théories) lorsqu'on est soi-même l'un des objets de cette classe logique (Russell) ; il faut être méta-, au-delà ;
  • la systématisation du nouvel ensemble qui se referme sur lui-même et se transforme en l'inverse de son propos, à savoir un élément de… multiplication des psychothérapies, incapable d'accueillir les inévitables nouveautés.

Pour notre part, nous essayons de faire valoir les trois attitudes inverses qui nous semblent les règles mêmes d'une intégration méthodique et scientifique :

  • Prendre en considération toutes les méthodes, techniques et procédés avérés, sans exclusive, pour autant qu'ils respectent l'éthique et la déontologie de la profession ;
  • Sortir de la catégorie des objets (théories d'école) et jeter un nouveau regard méta-, d'un autre ordre, à partir du nouveau laboratoire d'observation pluri-global (constitué à partir de la première règle ci-dessus) ;
  • Préserver l'ouverture de cette double intégrativité -pratique et théorique- qui ne peut se réaliser qu'en la personne du thérapeute/analyste et non pas dans un système, et qui ne peut-être qu'évolutive comme la créativité des professionnels elle-même.

Voici près de cent cinquante pages de texte très dense - après une dizaine de livres - pour fonder cette stricte méthodologie. Les trois règles énoncées ci-dessus constituent les trois parties du livre :

  • L'intégration des méthodes,
  • L'intégration théorique,
  • Le thérapeute "à" l'intégration.

POUR EN SAVOIR PLUS

PREMIERE PARTIE

L'INTEGRATION DES METHODES

I. LA PRATIQUE PLURI-GLOBALE

II. LA CURE SEQUENTIELLE : courte, moyenne, longue

III. PSYCHOTHERAPIE PLENIERE

IV. UNE HISTOIRE ET DES CONCEPTS

V. LA SOCIO-SOMATANALYSE

1. Le travail émotionnel

2. L'analyse de la dynamique de groupe :

3. conflit fi sécurité fi consensus fi don

4. Sociothérapie : la cure séquentielle

VI. LA PSYCHO-SOMATANALYSE

1. Au coeur de la psycho- somatanalyse : l'affectif

2. La psycho- somatanalyse et les caractéroses

VII. LA PRESENCE JUSTE

VIII. LES SOMATOTHERAPIES

IX. LES SOMATO-PSYCHOTHERAPIES : voix, toucher, reichien

X. LES PROCEDES THERAPEUTIQUES DE BASE :

1. Eclectiques et multiréférenciels



DEUXIEME PARTIE

L'INTEGRATION THEORIQUE

I. L'INTEGRATION THEORIQUE UN ITINERAIRE

1. L'initiation aux règles de science

2. Premier contact avec les méthodes et théories

3. Intégration de méthodes partielles

4. Un protocole de recherche rigoureux

II. MODÈLES INTERMÉDIAIRES ENTRE PRATIQUE ET THÉORIE

1. Le modèle structuro-fonctionnel

2. Le modèle EISARC Plé

3. L'analyse structuro-fonctionnelle du mythe dogon

4. Le théorème de l'hum'un

5. La véritable intégration théorique

6. Les purs processus inconscients

7. Le modèle ontologique

8. Le processus thérapeutique de base : plénier

III. L'ACCES AUX PURS PROCESSUS INCONSCIENTS

1. L'experience de mort imminente

2. L'Expérience des Processus Inconscients

3. La Présence aux Processus Inconscients

4. La psychose aigüe et l'irruption des processus inconscients

5. L'inconscient psychanalytique

6. L'inconscient personnel de Freud (Ics) ou l'essence de l'énergie

7. L'inconscient collectif de Jung ou l'intime du lien

IV. LE MODELE ONTOLOGIQUE

1. Le modèle ontologique et ses applications

2. Transfert - passion - amour

3. Conflit - sécurité - consensus

V. LE PRINCIPE COMPLEXIFICATION / PLENARITE

1. Le modèle ontogénétique et les treize caractéroses

VI. L'EXPERIENCE PLENIERE

1. Les stades préparatoires : les cinq fonctions plénarisantes

2. Caractéristiques principales de la fonction plénarisante

3. L'expérience plénière

4. L'expérience fondatrice

5. De quelques concepts analogues

6. Le still point, de T.S. Elliott à Frans Veldman

7. L'expérience plénière et son action thérapeutique

VII. LA THÉORIE GÉNÉRALE DU CERVEAU ET LA CONSCIENCE

1. Conscience, inconscient et transconscient

2. L'expérience plénière encorps

CONCLUSION

1. Pleine intégration et nouveau paradigme

2. Une métathéorie en accueil des… théories



TROISIEME PARTIE

L'INTEGRATION THEORIQUE

LE PSYCHOTHERAPEUTE (dévoué) "à" l'INTEGRATION

Introduction

I. LA CURE SEQUENTIELLE ET LE COUPLAGE Méthodes - pathologies

1. Un pense bête méthodes - pathologies

II. LES OUTILS D'EVALUATION ET D'AIDE, TEST, ET QUESTIONNAIRES SPÉCIFIQUES

Le questionnaire EISARC pour la thérapie courte

Le questionnaire de la personnalité pour la thérapie moyenne

III. LA DEMARCHE D'INTEGRATION DES NOUVELLES METHODES ET THEORIES

EMAR et EMDR

Intersubjectivité, attachement et amour

La dynamique de groupe

IV. L'ETRE PSYCHOTHERAPEUT "A" L'INTEGRATION

Le devenir thérapeute "à" l'intégraption

 

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